RAADEC : une histoire qui continue à s’écrire

Depuis Foumban, la troisième édition de RAADEC est en marche. Et pendant que les ateliers s’animent, nous préparons déjà le rendez-vous : ACTE II, au Musée National du Cameroun.
Il y a trois ans, nous étions à Foumban avec une idée qui pouvait sembler simple : rassembler dans le même atelier des artisans, des designers, des artistes et de jeunes créateurs, et voir ce que la rencontre pouvait produire.
En réalité, nous ne savions pas encore tout ce que cette rencontre allait provoquer.
RAADEC est né d’une conviction qui reste aujourd’hui au cœur du programme : nos savoir-faire ne sont pas seulement des héritages à préserver. Ils sont aussi des ressources pour imaginer, expérimenter et créer autrement.
En 2024, avec Cheick Diallo, nous avons commencé à ouvrir cette voie à Foumban.
Pendant neuf jours, artisans, apprentis et étudiants ont travaillé ensemble autour du bois, de la terre, du métal et de gestes transmis de génération en génération. De cette première expérience est née MADE IN FOUMBAN, une collection qui démontrait déjà qu’un matériau considéré comme « pauvre » pouvait changer de statut lorsqu’il rencontrait un regard nouveau, un geste maîtrisé et une intention contemporaine.
Depuis, RAADEC a grandi.
Et cette année, nous sommes de nouveau à Foumban pour sa troisième édition.
Une nouvelle génération autour des mêmes gestes
Cette fois encore, le territoire est au centre.
Des artistes et designers camerounais et internationaux se retrouvent dans les ateliers aux côtés des artisans locaux. Parmi eux, Jean Servais Somian, Roxane Mbanga et Wilfried Mbida, dont les univers et les pratiques sont très différents, mais qui partagent cette volonté d’aller à la rencontre d’autres récits, d’autres matières et d’autres manières de créer.
Jean Servais Somian, designer et ébéniste ivoirien, travaille depuis longtemps à la frontière entre objet, sculpture et mobilier. Son rapport au bois et à la matière traduit une volonté de faire dialoguer nature, savoir-faire et création contemporaine.
Roxane Mbanga, artiste pluridisciplinaire d’origine camerounaise, guadeloupéenne et française, travaille quant à elle à la croisée de la mode, du cinéma, de la photographie, de l’écriture et de l’installation. Dans son projet NOIRES, elle collecte des récits et construit des espaces où mémoire, héritage et identité peuvent se rencontrer.
Wilfried Mbida, artiste camerounaise explore, à travers la peinture et la représentation des intérieurs, les traces laissées par les personnes, les familles et les absences. Son travail transforme les espaces domestiques en lieux de mémoire. Elle a notamment été sélectionnée pour la Biennale de Dakar en 2024.
Trois univers, trois écritures, trois sensibilités.
Et autour d’eux, les artisans de Foumban.
C’est précisément cette rencontre qui nous intéresse.
Que se passe-t-il lorsqu’un artiste arrive avec son propre langage et qu’il doit apprendre à composer avec un geste qu’il ne maîtrise pas ?
Que se passe-t-il lorsqu’un artisan, détenteur d’un savoir-faire transmis depuis plusieurs générations, se retrouve à expérimenter avec un designer qui lui propose de regarder sa matière autrement ?
Et surtout, qu’est-ce qui peut naître de cette rencontre que personne n’aurait pu créer seul ? C’est là que RAADEC prend tout son sens.
De Foumban au Musée National
Pendant que les ateliers s’animent à Foumban, nous préparons la prochaine étape.
Du 15 octobre au 15 novembre 2026, le Musée National du Cameroun à Yaoundé accueillera ACTE II — Une initiative nécessairement collective.
Cette exposition est particulière pour nous.
Elle ne présente pas uniquement les résultats d’une édition de la résidence. Elle rassemble plusieurs années de recherches, de collaborations et de transmissions issues de différentes éditions de RAADEC, ainsi que des travaux réalisés dans d’autres contextes de création au Cameroun notamment avec le concours de Bandjoun Station.
On y retrouvera notamment les œuvres de Cheick Diallo, Jean Servais Somian, Roxane Mbanga et Wilfried Mbida, réalisées dans le cadre des résidences à Foumban, mais aussi celles d’Ornella Djoukui, développées à Bandjoun Station. Quelques œuvres de Koko Komégné, figure fondatrice de l’art contemporain camerounais, seront également présentées en hommage posthume.
Cette présence de Koko est très importante.
Parce qu’en regardant le chemin parcouru par RAADEC, je mesure combien la création est faite de transmissions visibles et invisibles. Des gestes que l’on apprend. Des conversations que l’on garde. Des artistes qui ouvrent des chemins. Des artisans qui préservent des techniques. Des jeunes qui arrivent avec d’autres questions.
Une génération reçoit. Une autre transforme. Puis transmet à son tour.
Une initiative nécessairement collective
Le titre d’ACTE II n’est pas une formule.
Cette sélection que nous a proposé Mary-Lou Ngwe-Secke commissaire de l’exposition résume assez bien ce que nous avons appris depuis le début de RAADEC.
Aucune de ces histoires ne s’est écrite seule.
Il y a les artisans.
Les artistes.
Les designers.
Les étudiants.
Les territoires.
Les institutions.
Les équipes qui rendent les résidences possibles.
Et toutes ces personnes qui, parfois très discrètement, permettent à une idée de devenir une réalité.
C’est aussi pour cette raison que nous avons embrassé l’opportunité de faire entrer cette histoire au Musée National du Cameroun.
Tout comme un canoé percé de nombreux trous peut encore tenir le cap lorsque de nombreuses mains s’unissent, chacune aidant à boucher un trou. L’idée est simple et puissante : ce qui est fragile seul peut devenir fort ensemble.
Pour déplacer les œuvres de leur contexte de production vers un autre espace.
Pour permettre au public de voir les objets, et aussi d’imaginer les gestes, les discussions, les essais, les erreurs et les rencontres qui les ont fait naître.
De l’atelier au musée, ce ne sont pas seulement des objets qui voyagent. Ce sont des histoires. Et ces histoires parlent de patrimoine vivant, de transmission, de création contemporaine et de territoires.
Aujourd’hui, à Foumban
Pour l’instant, nous sommes encore dans les ateliers.
Les mains travaillent.
Les matières résistent.
Les idées circulent.
Les premières formes apparaissent.
Et comme au premier jour, nous ne savons pas encore exactement où cette rencontre va nous conduire. C’est peut-être cela que j’aime le plus dans RAADEC.
Nous créons les conditions de la rencontre, mais nous ne cherchons pas à en prédéterminer le résultat.
Nous laissons une place à l’inattendu.
À Foumban, la troisième édition est en train de s’écrire.
À Yaoundé, ACTE II se prépare.
Et entre les deux, il y a trois années d’expériences, de rencontres et de transmission qui commencent enfin à raconter une histoire.
Une histoire nécessairement collective.
À très bientôt au Musée National du Cameroun.
Nelly Wandji 
Directrice des programmes
Art & Exception
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